Mayotte : un coup de RP dans l’eau

La catastrophe humanitaire suite au passage de Chido en décembre 2024 a révélé aux yeux de toutes et tous la situation catastrophique de Mayotte. Plutôt que d’assumer le manque d’investissement dans les services publics, les infrastructures et enfin permettre à ce département français de se développer comme il se doit, le premier ministre et son ministre de l’Outre-mer préféraient remettre en cause les chiffres de population calculés par l’Insee. Ils reprenaient à leur compte la petite musique de nombreuses personnalités politiques sur place : si le territoire dont ils ont la charge ne fonctionne pas, c’est parce que les chiffres fournis par l’Insee ne sont pas bons.

Pour faire avancer leur agenda politique et ne pas avoir à assumer leur responsabilité, ils considèrent que la population de l’île est sous-estimée par l’Insee, que de nombreux immigrés ne sont pas comptabilisés et que de ce fait les pouvoirs publics manqueraient de moyens. Il faut reconnaître que les conditions de vie indignes de nombreux immigrants rendent difficile le recensement de la population dans certains quartiers. Toutefois, le professionnalisme des agents de l’Insee Mayotte est remarquable et permet de largement surmonter ces difficultés.

Plutôt que de se lancer dans la reconstruction immédiate de Mayotte, le premier réflexe des décideurs a été de remettre en cause la validité des chiffres de l’Insee en demandant la réalisation d’un recensement exhaustif exceptionnel à Mayotte. L’Insee a donc été sommé de mobiliser des moyens importants pour répondre à cette demande.

Cette décision a fortement dégradé les conditions de travail des agents de Mayotte, notamment leur sécurité, ce que nous avions alors dénoncé. Cette décision a remis en cause le travail, l’objectivité et l’indépendance de l’Insee. Le gouvernement continue ainsi sa politique de dénigrement des fonctionnaires et des services publics, plutôt que d’agir rapidement pour la santé et la sécurité de la population.

Le verdict est enfin tombé.

Ce nouveau décompte coûteux valide les précédents chiffres de l’Insee et la méthode du recensement de la population appliquée à Mayotte depuis maintenant plusieurs années. Il corrobore la qualité du travail de nos collègues ainsi que leurs compétences. Il invalide les chiffres totalement démesurés de population, avancés par ces mêmes responsables politiques dans le but de stigmatiser l’immigration et ne pas avoir à assumer leur bilan économique et social.

Nous demandons donc à la direction de l’Insee de valider fermement ces chiffres et de maintenir, à Mayotte, le recensement de la population dans des conditions respectueuses des méthodologies de l’institut, du professionnalisme des agents et de leurs conditions de travail. Et nous demandons aux autorités d’en prendre acte.

Sur une île déjà pauvre et fragilisée par le cyclone Chido, nous estimons que la réponse gouvernementale qui a chargé l’Insee ne cherchait qu’à faire diversion. Malgré les annonces et les promesses, de nombreuses familles continuent de faire face seules aux conséquences de cette catastrophes avec des logements détruits, des infrastructures endommagées et des besoins toujours importants. La population attend des actions plus rapides, plus concrètes et à la hauteur des défis de la reconstruction.

Plutôt que de remettre en cause les chiffres de l’Insee et par là même le travail de nos collègues, le gouvernement serait bien avisé d’investir dans les infrastructures nécessaires au développement de Mayotte, dans les services publics à commencer par l’école et l’hôpital, dont a cruellement besoin la population sur place ! Les habitants de Mayotte méritent mieux que des propos de comptoir sur le droit du sol.

Les syndicats nationaux CGT et SUD de l’Insee

Logos Sud insee national et CGT insee-genes national